2021 : le mot de la fin d’année

Dans mon dernier billet, j’ai fait le récapitulatif de mes chroniques des nouvelles publications de cette année : il y en avait quatorze (du tchèque, du roumain, du serbe, du hongrois, du croate, du slovène, de l’anglais, du polonais, du bulgare), issues de mes neuf articles sur les nouvelles publications de l’année.

Mais WordPress me dit que cet article sera le 81: alors, de quoi d’autre cette année de lectures et de chroniques a-t-elle été faite ?

Tout d’abord, elle a été faite de partages – des partages qui ont pris plusieurs formes et porté plusieurs noms au fil de l’année.

Ismaïl Kadaré

Aujourd’hui âgé de 86 ans, auteur prolifique, Ismaïl Kadaré est de loin l’auteur albanais le plus représenté sur mon blog, et cela notamment grâce à deux lectures inspirées de mon article sur « toutes les bonnes raisons de lire/découvrir Ismaïl Kadaré ». Ainsi, cette année, j’ai lu Le général de l’armée morte, en très bonne compagnie puisqu’il s’est agit d’une lecture en commun avec Patrice (Et si on bouquinait ?), Marilyne (Lire et Merveilles), et Nathalie (Chez Mark et Marcel). Avec Marilyne, j’ai prolongé l’aventure kadaréenne en lisant Le crépuscule des dieux de la steppe et en proposant un partage de nos impressions, résultat d’une belle après-midi de dialogue à distance.

Lectures communes autour de l’Holocauste

Patrice ayant répondu présent lorsque je lui ai proposé de consacrer une semaine de lectures à l’Holocauste, nous avons lancé cette initiative et recueilli de la part de participant.e.s enthousiastes une moisson de titres de périodes, d’horizons et de points de vue très divers, listée sur ce lien.

Nos portes seront grandes ouvertes pour un deuxième rendez-vous, du 27 janvier au 3 février 2022, comme nous l’avons annoncé ici.

Mois de l’Europe de l’Est

C’est souvent l’occasion pour les lecteurs et lectrices de s’aventurer dans les pages de la littérature des pays situés à l’est de l’Allemagne et de l’Autriche. Pour moi qui vis à Budapest, cette quatrième saison de l’initiative organisée par Goran, Patrice et Eva, a plutôt pris la forme d’un retour au bercail puisque (hormis le partage d’impressions kadaréennes évoqué plus haut), j’ai partagé presqu’exclusivement des lectures hongroises : du roman, du théâtre, des nouvelles ; des livres écrits en hongrois mais aussi en français ou en italien ; des livres qui parlent de la France, de la Suisse, de l’émigration, de la Roumanie, du monde ouvrier, du monde rural ; des livres des années 1930 comme des années 2010… c’étaient huit titres que j’ai présentés dans cet article-bilan.

Ce mois 2021 de l’Europe de l’Est a aussi été l’occasion de ma première, et dernière, lecture commune avec Goran. Goran, que j’aurais présenté il y a un an comme un présentateur infatigable (et infatigable d’humour et d’ironie) de romans, d’essais, de couvertures de livres, de films sur son blog Des livres et des films, est décédé au printemps. Avec ses compères Eva et Patrice, je lui ai fait un clin d’œil en septembre.

Quelques mots avec…

Voilà déjà quelques années que je vous propose de temps à autre des entretiens avec des acteurs de cette littérature en traduction. Cette année, j’en ai rajouté quatre au compteur :

>>> avec Martin Daneš, auteur de Les mots brisés, roman tchèque et français sur les dernières (et dramatiques) années de la vie du journaliste et écrivain tchèque Karel Polaček (1892 – 1945).

>>> avec Alain Cappon, traducteur du serbe et notamment du recueil de nouvelles Au puits. Scènes de la vie serbe.

>>> avec Tiit Aleksejev, auteur estonien du roman historique Le pèlerinage.

>>> avec Dominique Dolmieu, autour du théâtre et des Editions L’Espace d’un Instant.

>>> Ce n’était pas sous la forme d’un entretien, mais j’ai présenté l’écrivaine et poète hongroise Krisztina Tóth, voix absolument incontournable de la littérature hongroise contemporaine, victime d’une controverse plus que déplaisante en Hongrie plus tôt cette année.

Voisins voisines

Pour la … je ne sais plus combientième année, j’ai participé à l’initiative « Voisins voisines », qui consiste à partager nos lectures de littérature européenne (après 1960) en traduction. Le billet récapitulatif est chez A propos de livres, ici.

Feuilles allemandes

Quelle bonne idée de Patrice (Et si on bouquinait ?) et de Fabienne (Livr’escapades) de proposer, encore une fois, un mois dédié à la littérature en langue allemande. J’y ai contribué une relecture de La langue sauvée, d’Elias Canetti : un superbe souvenir d’une enfance européenne, multilingue et intellectuellement foisonnante dans les premières années du XXe siècle. Et j’ai pioché dans leur bilan pléthore de titres à découvrir à mon tour.

Le reste du monde

Passage à l’Est ! est principalement un véhicule pour découvrir et partager la littérature d’Europe centrale, de l’Est et des Balkans. Cela ne m’empêche pas d’aller voir ailleurs de temps en temps, et d’en parler ici dans mes « lectures-désorientation ». Cette année, ces lectures ont été un peu plus encadrées que d’habitude, puisque j’ai suivi avec plaisir deux thématiques :

>>> avec l’une, africaine, proposée par Jostein, je suis partie en République de Maurice, au Ghana et au Zimbabwe (un billet unique pour trois destinations), puis à Londres (avec des allers-retours au Soudan) et, à la suite du dernier prix Nobel de littérature, en Tanzanie (un autre billet unique pour trois destinations). Pour retrouver tous les titres proposés par les participant.e.s : c’est Sur la route de Jostein.

>>> avec l’autre, proposée par Brona’s Books, j’ai redécouvert l’écrivaine anglaise Rumer Godden en relisant son roman Black Narcissus (Narcisse noir), un roman de 1939 qui m’a emmenée à l’ombre des sommets himalayens. Voyageant en solo au retour de ce long périple, j’ai décidé de faire un arrêt à Oman, tout au bout de la péninsule arabique, et d’y lire Celestial bodies (Les corps célestes). C’est encore un billet unique, pour deux destinations.  

Beaucoup de partage, donc, mais aussi du voyage.

Cette année, j’ai mis l’accent sur :

>>> la Bulgarie. Elle a été la cause d’une longue absence (et d’une poignée de photos) sur mon blog au début de l’été, mais elle a aussi été la cause d’un premier article faisant un tour d’horizon des ressources de mon blog en provenance de, ou portant sur, la Bulgarie. Résultat : pour une littérature sous-traduite, elle est quand même plutôt bien représentée sur mon blog !

>>> la Géorgie. Non, je ne parle pas de Nino Haratischwili (enfin, pas encore ! Mais j’en ai quand même un peu parlé ici). C’est avec ma lecture de Nana Ekvtimishvili qu’un livre de Géorgie a fait son entrée sur Passage à l’Est (la Géorgie elle-même était déjà apparue avec un petit entretien dans le contexte du prix 2019 de littérature de l’Union européenne). Après cette lecture, j’ai présenté plusieurs pièces de théâtre, et je vous ai proposé une promenade culturelle dans la province géorgienne du début du XXe siècle.

Ecrivaines voyageuses, voyageuses écrivaines

En 2019, j’étais partie « à la recherche des femmes écrivains d’Europe centrale et orientale ». Cette année, j’y ai ajouté une sous-catégorie : les voyageuses. Je n’y ai inclus pour le moment que deux noms, ceux d’Ella Maillart et de Kapka Kassabova. Ni l’une ni l’autre ne correspond réellement à l’étiquette de « femme écrivain et voyageuse d’Europe centrale et orientale » – c’est que je cherche encore de quoi étoffer cette catégorie.

Partage, voyage… et anniversaires.

>>> 1991-2021 : après le trentième anniversaire de la chute du mur de Berlin il y a deux ans, c’était cet année un autre grand anniversaire de notre histoire du XXe siècle, celui de la chute en slow-motion de l’URSS. Les témoignages littéraires sur cette terrible expérimentation politique, économique, sociale et militaire qu’a été l’URSS, et les sommets de cruauté humaine qui l’ont caractérisée, sont (relativement) bien connus. Mais qu’en est-il de la littérature des quinze pays qui lui ont succédé en 1991 ? C’est la question à laquelle j’ai tenté de répondre en vous proposant un retour en livres sur quinze fois trente années d’indépendances.  

>>> 2011-2021 : beaucoup plus modestement, cette année a aussi été celle de 10 ans d’existence de ce blog. Pour le célébrer, je vous avais mis à contribution en vous proposant un questionnaire : merci à toutes les personnes qui y ont répondu ! C’est d’ailleurs encore possible d’y répondre (en cliquant sur l’image dans ce lien). J’avais aussi prévu de mettre à jour ma page d’accueil et de vous y raconter un peu de l’histoire du blog, si étroitement liée à ma découverte de cette région et de sa littérature. Ça, je ne l’ai pas encore fait, mais il faut savoir se garder des projets pour l’avenir, n’est-ce pas ?

Projets

Des projets, je n’en manque encore pas pour ce blog. Ils ont la fâcheuse habitude de changer au fil du temps, mais le partage et le voyage seront certainement encore de la partie. Il y aura peut-être des anniversaires, très certainement des lectures de prix Nobel « de l’Est » (si quelqu’un veut se joindre à moi…), un peu plus de non-fiction… et encore des chroniques de livres, des lectures communes ponctuelles ou thématiques, des actualités, des entretiens.

Faire un bilan est une habitude récente : j’avais fait le premier en 2018, le deuxième en 2020, et celui-ci est le troisième. Je peux dire sans crainte de me tromper qu’en 2022 il y aura à nouveau de quoi nourrir un bon bilan de fin d’année.

Je vous souhaite une belle nouvelle année !


13 commentaires on “2021 : le mot de la fin d’année”

  1. Madame lit dit :

    Bonne Année!!! Un bien beau bilan.

  2. nathalie dit :

    Ce que tu ne dis pas, c’est que tu es surtout une terrible donneuse d’idées, de pourvoyeuses de titres à noter, d’élargissement de nos horizons. D’ailleurs je dois lire tes billets parus fin décembre pour voir s’il y a des choses à glaner.
    À propos de prix Nobel de l’Est, j’imagine que tu as Kertesz dans le colimateur, mais moi j’ai un ou deux titres de Tokarkzuk (ou presque) quelque part, et aussi d’Herta Müller, donc je peux me joindre à toi.

    • Ah, moi qui me demandais quoi mettre sur ma carte de visite! (virtuelle, hein).
      Tous ceux que tu cites, et d’autres! Je vais être en bonne compagnie, chouette! Je vais développer un peu cette idée de Nobel de l’Est et la mettre noir sur blanc bientôt; j’y mettrai probablement les mots « flexibilité » et « pas de contraintes ». Alors à bientôt!
      (P.s. je vois que tu es « encore » en train de lire Bolano! Je ne me souviens plus combien de temps il m’avait fallu pour le livre, mais ce n’était pas du temps perdu, bien au contraire!)

  3. Marilyne dit :

    Longue vie à Passage à l’est ! Et bravo pour ces dix premières années. Merci pour ce formidable article sur les bonnes raisons de lire Kadare, il m’ a permis d’y revenir, d’avoir ce bel échange avec toi dont je garde aussi un excellent souvenir. J’ai le projet de poursuivre la lecture. J’ai vu qu’un nouveau titre paraît ce mois-ci. Au plaisir de tous ces rendez-vous et de te lire.

  4. Marilyne dit :

    PS : évidemment intéressée par la lecture de Nobel de l’Est.

    • Super! Je prépare un billet sur ce thème pour dans les prochains jours.
      Pour Kadaré, est-ce à « Qui a ramené Doruntine? » (Zulma) que tu penses? Je ne l’ai pas encore lu mais le mélange de mythe et d’enquête m’intrigue, bien évidemment! Je ne pensais pas, en écrivant mon article, qu’il susciterait un tel engouement, mais c’est vrai que le sujet s’y prêtait, surtout avec tous ses livres, et en plus si facilement accessibles en français.
      Dix ans… le temps passe si vite et si lentement à la fois, mais je suis contente de voir tout ce que j’ai appris, découvert et accumulé au fil du temps, et tout cela en bonne compagnie.

      • Marilyne dit :

        Pour Kadaré, j’ai vu cette réédition de  » Qui a ramené Doruntine ?  » ( qui existait déjà en format scolaire ) qui m’interpelle aussi, en complément de nos lectures. Celui qui va paraître ( je ne sais pas s’il s’agit d’une réédition ) s’intitule  » Disputes au sommet « , aux éditions Fayard mi-janvier. Kadaré revient sur  » l’affaire Pasternak  » et plus, c’est-à-dire l’écrivain sous un régime totalitaire, je te laisse imaginer ma curiosité et mon intérêt pour cette nouvelle lecture !

      • Je n’avais pas vu celui-ci, merci de l’information! En effet, je peux m’imaginer qu’il t’intéressera. Moi aussi, d’ailleurs, surtout si c’est une première parution!

  5. Ingannmic dit :

    Un beau bilan, qui reflète parfaitement l’esprit de ces lieux, fait de richesse (en terme de qualité), d’ouverture et de partage.

  6. Emma dit :

    Quelle année riche et passionnante.

    Merci pour tous les articles sur la littérature d’Europe de l’Est, que je connais très peu et que je découvre en lisant Passage à l’Est.

    Bonne année 2022 et qu’elle soit pleine de belles lectures.


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